Vie & Traditions

Témoignages de Dammartinois

Le CRHISODES collecte la mémoire des habitants et témoins de l'histoire locale. Ces récits constituent une source irremplaçable pour comprendre la vie à Dammartin-en-Serve et dans le Pays Houdanais à travers les siècles.

À propos de la trombe ravageuse de 1823

« À propos de la trombe de 1823 : ma grand-mère (née en 1859) me racontait ce que ses parents ou grands-parents lui avaient eux-mêmes raconté : par exemple qu'une fermière qui remontait sur son âne la Côte aux Amants avait été soulevée par la trombe et s'était retrouvée toujours sur son âne dans le champ voisin. On entendait paraît-il de la place de Dammartin le bruit des eaux du ru [d'Ouville] déchaîné (?). Voilà quelques détails sur "l'année de l'orogan" comme disait ma grand-mère.

Quant à la "cour d'une ferme voisine" [où la cloche de l'église fut emportée] je pense que c'est celle de ma maison…

Ceci pour vous faire remarquer que 175 ans après l'événement, je peux vous transmettre quelques bribes de tradition orale. »

François BRUHAT* — lettre au CRHISODES du 24 octobre 1998

* François Bruhat (1929–2007†) : fils du physicien Georges BRUHAT, il a été professeur d'université en mathématiques émérite, élu en 1990 correspondant de l'Académie des Sciences.

Un souvenir d'enfance en 1944

« Dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944, deux chasseurs allemands Messerschmitt attaquent un Lancaster, sans doute au-dessus d'Évreux.

Le Lancaster est un bombardier lourd quadrimoteur, un mastodonte de 27 tonnes, emportant en charge normale 8 tonnes de bombes. Envergure : 31 mètres, longueur : 21 mètres. Armement : 10 mitrailleuses réparties en 3 tourelles (une de tête, une de queue, une sur le dessus). Vitesse : 450 km/h à 5 500 mètres d'altitude. Équipage : 7 hommes.

Le bombardier prend feu, perd de la hauteur, survole Dammartin et s'abat à Courgent, à 200 mètres de la maison de mes parents. C'est une véritable boule de feu, en voie de dislocation, qui a dû passer à quelques mètres de notre toit.

Réveillés par l'intense bruit, nous contemplons, hébétés, la lueur sinistre, rouge vif de l'incendie. Puis viennent les explosions de bombes : trois au total, la première nous prenant au dépourvu. Les vitres volent en éclat. Bizarrement, nous n'avons pas peur et ce n'est que plus tard que nous irons nous mettre à l'abri.

Je vais bientôt avoir treize ans. Pour moi, ce genre d'événement en plein été ressemble plutôt à une grande fête, une sorte d'"happening". Inconscience de la jeunesse.

Toute la vallée est éclairée par des balles traçantes, que le brasier fait exploser, et qui vont s'enfoncer de l'autre côté de la pente. Des Courgentais ont cru à un parachutage tant il y avait de vacarme. Nous n'avons guère dormi cette nuit-là. Le petit matin nous révèle un toit soufflé par des explosions et un jardin jonché de multiples débris, dont des pièces de moteur pesant plusieurs kilos et, plus macabre, à l'entrée du jardin, une main sanguinolente. C'est à cet instant précis que je me suis rendu compte de l'horreur du spectacle nocturne auquel j'avais assisté sans état d'âme.

Tout Courgent fouillait parmi les tôles calcinées, encore fumantes, au milieu des corps disloqués. Ceux-ci étaient rassemblés dans des sacs de jute.

De l'autre côté de la vallée, derrière la maison Duprez, on retrouvait l'immense empennage arrière du Lancaster, avec sa tourelle. Le bombardier s'étant disloqué en vol, l'ensemble avait plané en tournoyant jusqu'à plus d'un kilomètre du point de chute. Le mitrailleur était à côté, mort… mais entier.

Une petite bombe gisait en haut de la ruelle très pentue qui relie le Haut-Courgent au Bas-Courgent. Pour la petite histoire, trois chenapans, plus tard, l'ont fait rouler à coups de barre de fer jusqu'à la Vaucouleurs. Il s'agissait de Serge G., devenu le très respectable patron d'une agence immobilière à Septeuil, de Gilbert H. qui habite toujours à Courgent et… de moi-même ! Inconscience réitérée !

Pour revenir à ce tragique événement, le village de Courgent et tous les villages voisins ont organisé des funérailles solennelles, en pleine Occupation. Vingt-huit porteurs, dont mon père, ont conduit les sept cercueils de l'église au cimetière devant une assistance considérable. On a dit, plus tard, — mais est-ce vrai ? —, que les noms avaient été relevés pour la déportation. Mais la Libération (18 août) était proche…

Un petit monument marque avec précision l'endroit où six Australiens (Royal Australian Air Force) et un Anglais sont morts pour leur cause et la nôtre.

Le passant peut se recueillir, au cimetière de Courgent, devant une tombe toujours fraîchement entretenue, présentant, entourées de trois hélices, sept stèles de marbre blanc et l'inscription suivante :
"Ici reposent sept aviateurs britanniques glorieusement tombés en combat aérien dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944."

Ils étaient âgés de 19 à 24 ans. »

Denis CHEVALIER* — lettre au CRHISODES, 1999

* Denis Chevalier ancien habitant de la commune de Dammartin-en-Serve.

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